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Domaine du Charmois

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Trois siècles d’histoire pour deux châteaux et une ferme

Le site du Charmois, d’une surface de 15 ha à l’époque de Stanislas, était alors planté de charmes qui lui ont donné leur nom (charmoy en vieux français). Deux constructions importantes s’y sont relayées, une première au 18e siècle, à l’époque du duc Léopold, la seconde à la veille des années 1900, au commencement de l’Art Nouveau.

Le premier château a été bâti entre 1726 et 1728 par Claude-Joseph Gilles dit « Le Provençal », artiste lorrain proche de la cour ducale, auteur d’œuvres monumentales notamment les fresques de l’église Notre-Dame de Bonsecours, et qui deviendra « le peintre de Stanislas ».
Il s’agissait d’un important manoir carré de deux étages et vingt-cinq pièces, au sein d’un parc à la française traversé d’une allée cavalière bordée de platanes qui conduisait jusqu’à l’emplacement de l’actuelle place Gérard d’Alsace. Le château n’étant pas alimenté en eau, Claude-Joseph Gilles avait obtenu du duc Léopold l’autorisation de détourner le ruisseau Saint-Charles pour alimenter une fontaine et des bassins qui persistent aujourd’hui. Une chapelle complétait la demeure et une ferme lui a été ajoutée au début du 19 e siècle.
Après le décès de Provençal en 1749, le domaine passe entre plusieurs mains ; puis durant la Révolution il devient Bien National et est divisé en cinq lots (1793). Il traverse alors sa première période d’abandon.

En 1890, le manoir est acheté par François-Camille Jeanpierre, un notable nancéien qui, après l’avoir occupé quelques années, le fait raser en 1896 pour élever le château actuel, œuvre probable de l’architecte Charles-Désiré Bourgon à qui l’on doit de nombreuses constructions dans le style Art Nouveau (quartiers Isabey-Ravinelle et Saurupt à Nancy). La ferme est conservée en l’état, mais l’Orangerie est transformée et le parc refait à l’anglaise autour des jeux d’eau, et planté d’espèces rares, comme en témoigne Emile Gallé dans le Bulletin de la Société Centrale d’Horticulture de Nancy.

Pendant la seconde guerre mondiale, le château est réquisitionné successivement par l’armée française, puis par les Allemands, enfin par les Américains qui font de la ferme un camp de travail pour des prisonniers allemands.
Après la guerre, il est loué à une école ménagère et ce n’est qu’en 1962 que la famille Bazaille, descendante de F.-C. Jeanpierre, réintègre le domaine, à nouveau en piteux état.

En 1982, le parc puis le château et la ferme sont vendus à la ville de Vandoeuvre qui va prendre à cœur de les rénover.

Le parc est remis en état et planté de nombreuses essences, puis il devient parc public.
Le château fait l’objet d’une réhabilitation complète lui permettant d’accueillir des manifestations culturelles.
Quant à la ferme, fragilisée par les ans, elle nécessite une déconstruction-reconstruction totale qui réserve une surprise aux ouvriers : sous la saleté accumulée d’une habitation à l’abandon, les murs de ce qui fut un camp de prisonniers allemands sont recouverts de nombreuses « fresques » et graffitis, de la main de leurs résidents désœuvrés… Ces peintures murales, ne pouvant être sauvegardées, ont été photographiées et reproduites avant que ne débutent les lourds travaux de rénovation.

Depuis 2014, totalement réhabilités, le château et la ferme accueillent de nombreuses manifestations culturelles.

Le château

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Après la destruction du manoir de Provençal en 1896, le château actuel a été construit sur une partie des anciennes fondations et au-dessus de l’ancienne cave voutée qui a été conservée. Edifié à l’orée de l’Art Nouveau, C.-D. Bourgon a voulu pour lui une architecture libre, non-académique. Sur une base néo-gothique modernisée par des façades asymétriques avec décrochements et des corps de logis imbriqués, il a introduit quelques éléments au gout du jour, notamment les toitures Renaissance pentues avec tourelle à deux pointes et feston sommital, et le perron étroit, intimiste, agrémenté de quelques motifs végétaux sculptés (bouquets de chardons).

La façade principale fait face à l’allée cavalière circulaire qui ceinture le parc. L’œil est d’abord attiré par les importants volumes d’un corps d’habitation et d’une tour d’angle. Ce n’est qu’ensuite qu’on remarque, comme encastrés entre les deux masses, le perron et l’entrée, tous deux curieusement étroits et encore rétrécis par un contrefort réalisé à la suite d’un bombardement en 1944.

La tour d’angle octogonale est l’élément le plus riche de la construction. D’allure Renaissance, elle présente de nombreuses ouvertures, toutes différentes, qui en font un véritable exercice de style de l’architecte. Elle abrite l’escalier principal et, au deuxième étage, une pièce isolée de destination imprécise (probablement un observatoire) qui n’est accessible que par les combles. Au sommet, un écusson portant une croix de Lorraine et une inscription « 1892 » d’explication inconnue.

Les autres façades sont plus traditionnelles. A l’arrière, une petite terrasse longe les pièces de réception et domine une esplanade, lieu de plaisir et de fête. Le cadran solaire sur la façade Est est un apport récent.
L’ensemble est ceinturé et unifié par une corniche-frise à motifs géométriques.

L’intérieur du bâtiment a été considérablement réaménagé en 1990 afin de le rendre plus fonctionnel. L’organisation initiale est cependant toujours là, notamment le vaste hall d’entrée avec sa mosaïque au sol et ses décors de stuc surplombant les portes, et l’escalier monumental en colimaçon. Déporté dans la tour d’angle afin de favoriser l’intimité des lieux de vie, il descend au sous-sol et à l’ancienne cave voûtée, mais ne dépasse pas le premier étage. Ses nombreuses ouvertures en font un espace très lumineux et agréablement coloré grâce à de récents vitraux dont la facture et le thème « Floraison du Parc » rappellent l’époque Art Nouveau de la construction. Pour accéder à la pièce-observatoire du deuxième étage, il faut emprunter un escalier de service.